En suivant l'évolution chronologique des styles qui ont marqué la seconde moitié du XXe siècle, on observe une accélération presque continue des tempos, comme si chaque génération voulait aller plus vite que la précédente.
Soul : à la base, le groove et la Soul (80-120 BPM)
Dans les années 1960-70, la soul impose un tempo modéré. C'est une musique faite pour danser, mais sans urgence : le groove prime sur la vitesse.
Le sachiez-tu ?
Les Funk Brothers, les musiciens anonymes de la Motown, ont joué sur davantage de tubes numéro 1 que les Beatles, les Rolling Stones, Elvis et les Beach Boys réunis.
Le rédacteur kiffe : Jackie Wilson - (Your Love Keeps Lifting Me) Higher and Higher (1967 - 95 BPM)
Funk : Funk Power ! (100-120 BPM)
Le funk, popularisé par James Brown à la fin des années 1960, accélère le tempo de la soul, la rend sauvage et déplace l'accent rythmique : au lieu de seulement marquer le deuxième et le quatrième temps, on insiste sur le premier, le fameux « the One ».
Le sachiez-tu ?
Ce concept deviendra la colonne vertébrale de toute la musique dansante qui suivra, y compris la disco et la house.
Le rédacteur kiffe : The Commodores - Machine Gun (1974 - 113 BPM) (un peu plus en live)
Disco : the Dance Machine (110-130 BPM)
Dans les années 1970, la disco standardise le tempo entre 110 et 130 BPM, un rythme pensé pour le dancefloor.
Le sachiez-tu ?
« I Feel Love » de Donna Summer (1977, 128 BPM) est considérée comme l'ancêtre direct des musiques électroniques de danse. Brian Eno aurait dit à David Bowie, en l'écoutant, que ce morceau allait « changer le son de la musique pour les quinze prochaines années ».
Le rédacteur kiffe : Anita Ward - Ring My Bell (1979 - 126 BPM)
House music : Chicago in the House ! (120-130 BPM)
Au début des années 1980, dans les clubs de Chicago comme le Warehouse (qui donnera son nom au genre), le DJ Frankie Knuckles commence à remixer en direct des morceaux disco avec une boîte à rythmes Roland TR-909.
Le sachiez-tu ?
Une théorie explique l'accélération des BPM par la prise d'héroïne par les DJ, qui trouvaient alors que la musique était ralentie.
À la fin des années 1980, c'est l'Ecstasy (X) qui devient populaire, influençant là encore l'évolution musicale avec l'acid house et les premières rave parties.
Le rédacteur kiffe : Armand Van Helden - U don't know me (1998 - 130 BPM)
Techno : Hello Detroit ! (125-140 BPM)
À Detroit, trois amis (Juan Atkins, Derrick May, Kevin Saunderson) inventent la techno en mélangeant l'esthétique futuriste de Kraftwerk avec la rigueur rythmique de la house. Le tempo accélère encore, entre 125 et 140 BPM.
Le sachiez-tu ?
Citation de Derrick May : « C'est comme si George Clinton et Kraftwerk étaient coincés dans un ascenseur avec juste un séquenceur pour s'amuser. »
Côté drogues, est-ce un hasard si c'est le speed qui devient à la mode ?
Le rédacteur kiffe : Laurent Garnier - Coloured City (1998 - 131 BPM)
L'accélération finale : hardcore, trance, jungle (130-180 BPM)
À partir des années 1990, la course à la vitesse s'emballe. La jungle britannique pousse les tempos jusqu'à 160-180 BPM en accélérant des breaks de batterie samplés.
La trance et la techno hardcore suivent des logiques similaires, cherchant des états de transe ou d'intensité extrême par la pure vitesse.
Le sachiez-tu ?
La jungle sample majoritairement « Amen, Brother » des Winstons (1969), devenu le sample le plus utilisé de l'histoire de la musique électronique.
Le rédacteur kiffe : Rien, ça va trop vite.
Une accélération qui dit quelque chose de son époque
Elle reflète peut-être simplement l'accélération du rythme de vie urbain et technologique de la seconde moitié du XXe siècle, la musique ne faisant, en somme, que suivre son époque.